Danielle SEDAN, donner des ailes à la cité | Dinan

Bénévole au Centre associatif Le 5 bis et au Conseil Citoyen — Quartier L’Écuyer — DINAN

Impossible de donner un âge à Danielle qui pétille d’une joie de vivre contagieuse, malgré une petite enfance volée. Ce tempérament joyeux, elle le doit à son père, qui a pris soin d’accrocher deux L à son prénom, pour qu’elle puisse s’envoler. Aujourd’hui grand-mère, Danielle est également la copine de tous les enfants du quartier.

Nom : SEDAN
Prénom : Danielle
Âge : j’ai 66 ans, mais pas dans ma tête ! J’ai gardé mon âme d’enfant.
Signes distinctifs : Mon prénom s’écrit avec 2 L. Mon père me disait que s’il manquait une lettre et qu’il ouvrait la fenêtre, je risquais de tomber ! Nous étions très complices.
Engagements et projets : Je suis bénévole à l’atelier du 5 BIS, centre associatif de Dinan pour les jeunes et les moins jeunes.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis arrivée ici, avec mes grands-parents et ma sœur, j’avais 5 ans. Il fallait absolument que l’on quitte Nantes, c’était trop dangereux de rester pour ma sœur et moi. Les parents de mon père nous ont élevées. Ma vie a commencé à ce moment-là. En 1960, nous étions cachés dans une petite maison, à Saint-Solen. Qu’est-ce que j’étais bien ! Nous avions un jardin, des chiens, des chats, tout ! Mes grands-parents étaient géniaux. Quand ma grand-mère est morte, je suis restée auprès de mon grand-père. Entretemps, j’ai retrouvé mon père. J’avais 8 ans. Le bonheur absolu ! J’ai mis ma main dans la sienne et j’ai senti quelque chose d’extraordinaire. J’ai été faire toutes les maisons en criant : « J’ai un papa, j’ai un papa ! » J’ai pleuré et lui aussi, il était tellement heureux. Il travaillait à côté de Lille, mais venait nous voir tout le temps. Il était présent. Nous étions très complices. En 73, on a déménagé à Lanvallay, et en 74, j’ai eu ma fille, à l’âge de 18 ans. Je me suis mariée trois ans après avec un homme qui l’a reconnue comme sa propre fille. En 1990, je suis arrivée à la cité L’Écuyer. Cela va faire 32 ans, dans le même appartement. Entre-temps, j’ai perdu mon grand-père et me suis séparée de mon mari. Nous avions perdu un fils. Nous sommes restés très proches. Je suis venue vivre avec ma fille ici. Elle a 48 ans. J’ai 5 petits-enfants.

« Jai mis ma main dans la sienne et jai senti quelque chose dextraordinaire. »

J’ai toujours travaillé, je ne me suis jamais arrêtée. J’étais technicienne de surface dans les centres d’information et d’orientation, les collèges, les hôpitaux, partout. Tout ce qu’on me donnait, je le prenais. Lors de mon dernier travail, j’ai eu un accident du travail, qu’ils n’ont jamais voulu reconnaître comme tel. J’ai une plaque dans le dos depuis, mais je vis quand même, je bouge, je marche ! Si on n’a pas le mental, il n’y a rien qui marche !


Quelle vision avez-vous de votre quartier et de son évolution au cours des années ?

Le quartier était super quand nous sommes arrivées. Calme, propre. La mentalité était géniale, on s’entendait bien. Nous avions un grand appartement avec ma fille. Je me souviens de la tempête de 1999. En face de nous, il y avait un petit bois. Maintenant, c’est une aire de jeux. Les sapins tombaient un par un. On les regardait depuis le balcon, avec ma fille. On se tenait toutes les deux. On s’était attachées à la rambarde pour ne pas s’envoler ! On en a pleuré, de les voir tomber.
Un beau moment, c’est quand ils ont construit le soccer, le terrain de foot. Les ouvriers sont venus nous voir pour mettre à niveau le sable. Il a fallu qu’on piétine tous ensemble jusqu’à tant que le sable s’infiltre. C’était génial, parce qu’on avait l’impression de participer. Autrement, dans le quartier, des choses se passent. Le 5 bis organise des tournois de foot, de roller, de rugby…

Comment vous situez-vous dans le quartier ?

Je me sens bien au soccer parce qu’il y a toujours des enfants. Tous me connaissent et viennent me chercher. Même une toute petite qui a 5 ans, elle m’appelle sa « copine ». Je les regarde jouer au foot, ils me racontent ce qu’ils ont fait dans leur journée. Je suis toujours avec eux. Je leur parle comme si j’avais leur âge. Je n’ai pas eu d’enfance, moi… Je ne savais pas ce que c’était un jouet quand j’étais une petite fille.

À l’atelier du 5 bis, on partage beaucoup d’activités, comme des jeux, de la cuisine, des repas, du karaoké, des sorties. Tous les âges sont mélangés : parents, enfants, grands-parents pas forcément de la même famille. J’y suis allée, car je m’ennuyais… Je déprimais, au départ. Je me sens plus rassurée, mieux dans ma peau, maintenant. Le 5 bis est dans le centre de Dinan, mais on a la chance d’avoir un bus gratuit, grâce à la mairie, pour les personnes sans moyen de locomotion. C’est toutes les demi-heures, juste en bas de chez moi. Pratique pour sortir, et aller faire ses courses en grande surface.

« Beaucoup de personnes à la retraite sarrêtent de vivre. Mais il y a une autre vie, après ! »

Des gens du quartier m’ont dit un jour : « Pourquoi tu ne viendrais pas avec nous au Conseil Citoyen, toi qui as du bagou ? ». Je me suis inscrite, en emmenant une voisine avec moi… Je voulais changer le mode de vie dans notre cité, améliorer l’ambiance. On essaie de faire plaisir aux gens. On bouge beaucoup. Avec le syndicat des locataires, nous avons été au Futuroscope ! Je me suis éclatée, j’ai fait des attractions que même des gamins n’ont pas osé tenter ! Pourtant j’ai de gros problèmes de santé, mais je les mets de côté, et allez hop, on y va ! Beaucoup de personnes à la retraite s’arrêtent de vivre. Mais il y a une autre vie, après ! On ne sait pas ce qui peut arriver demain ! Aux gens qui sont seuls dans leur appartement, je dis : « Pourquoi vous ne venez pas avec moi, au 5 bis ? On fait de la couture, du tricot, des puzzles… »

Quel serait votre rêve pour vous et votre quartier ?

Avec le Conseil Citoyen, on essaie d’améliorer le quartier, avec des tables, des bancs, une plancha. Mais certaines personnes les ont abimés. C’est moche… J’aimerais que les équipements ne soient pas sans cesse cassés ! Et stopper les mésententes entre les habitants. C’est pour cela que je fais partie du Conseil Citoyen, pour apporter des solutions. Peut-être que les gens s’ennuient ? Il y a l’alcool, aussi. Si j’avais une baguette magique, je ferais en sorte que tout redevienne propre, que les gens arrêtent de se disputer pour un rien. Que l’on se rende service sans attendre quelque chose en échange…

« Une journée idéale serait une journée sans histoire, où tout le monde s’entend à merveille, pas de crime, pas d’insultes… »

Les enfants sont importants pour moi, surtout mes petits-enfants. Mes deux petits-fils sont venus me rejoindre. Ils habitent avec moi. Ils ont 21 ans et 24 ans. Je les aime beaucoup. Le premier, je l’ai vu naître. Cela crée un lien particulier… Ils m’apportent de la joie, et une présence.

Une journée idéale serait une journée sans histoire, où tout le monde s’entend à merveille, pas de crime, pas d’insultes… Comme celle que nous avons passée au Futuroscope…

 

Propos recueillis par Marie Fidel