Joël Favreau, bénévole superactif du centre social | Cholet

Joël Favreau, dit “Jojo”, est devenu un pilier du centre social du Planty, situé dans le quartier Favreau-Les Mauges, à Cholet. Soutien scolaire, déménagements solidaires, sorties en tous genres ou déblaiement de déchets sur la voie publique, ce sexagénaire met toute son énergie au service du collectif auquel il appartient. Et on le lui rend bien !

Nom : Joël
Prénom : Barreau
Âge : 68 ans
Signes distinctifs : aussi modeste que disponible pour les habitant.es de son quartier !
Engagements : bénévole et administrateur au Centre social du Planty, bénévole à la distribution de repas de la banque alimentaire, membre du Conseil Citoyen. A aussi créé un dispositif de déménagements par et pour les habitant.es du quartier.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis né à Cholet, mes grands-parents habitaient tout près de l’immeuble où je vis actuellement. Je me souviens de la caserne, pas loin de chez eux, qui a été démolie, et où on faisait des petites bêtises avec les copains du quartier… Vers 22 ans, je me suis installé dans le quartier Favreau-Les Mauges avec ma femme et mes deux enfants. Je n’en ai plus bougé, sauf pour changer d’appartements, quatre fois, à la faveur des rénovations des immeubles. J’habite aujourd’hui seul, au rez-de-chaussée. C’est moins calme, mais aussi moins fatigant que le 4ème étage où j’étais avant ! Mes enfants ont une quarantaine d’années, ils viennent me voir régulièrement. Ma fille est aide-soignante et mon fils travaille comme moi, à l’usine Nicoll. J’y ai passé toute ma vie professionnelle. Je fabriquais des gouttières en plastique.

Arrivé à la retraite, heureusement que j’ai croisé la route du centre social du Planty… Je tournais en rond sans activité, et je commençais à aller un peu trop chez les uns et chez les autres pour boire un coup : c’est une médiatrice du centre qui m’a tendu la main. Elle m’a proposé son aide, dirigé vers les bonnes personnes, et je crois que je lui dois d’être toujours en vie aujourd’hui. Elle m’a aussi impliqué dans des missions du Centre social, et petit à petit j’ai trouvé plus qu’une place, j’ai trouvé une deuxième maison. Au bout d’un an, on m’a même proposé de devenir administrateur du centre. A tel point que si je ne passe pas dans les locaux une journée entière, je reçois un appel de l’équipe pour savoir si tout va bien !

« Arrivé à la retraite, heureusement que j’ai croisé la route du centre social du Planty… Je tournais en rond sans activité. »

Quelle vision avez-vous de votre quartier et de son évolution au cours des années ?

Ça a beaucoup changé ici, en cinquante ans. Par exemple, aujourd’hui il y a des espaces verts, des jeux, qu’il n’y avait pas quelques années en arrière. Quand je me suis installé dans le quartier, on était plutôt des mauvais élèves en termes de réputation, à Cholet. Et puis progressivement, des familles marocaines, algériennes, et afghanes sont arrivées, et j’ai l’impression que ça a mieux fonctionné. Aujourd’hui, c’est vraiment agréable, on a une vraie vie de quartier. Tous les mois par exemple, on organise des repas dans la salle du centre social : on choisit une nationalité différente à chaque fois, et tout le monde met la main à la pâte pour cuisiner, filer un coup de main. En général, on se retrouve à une cinquantaine, ça permet de tisser des liens entre nous. Et puis on organise des fêtes de quartier, on passe le réveillon ensemble avec DJ, repas et soirée, c’est la fête. Je peux compter sur des copains ici, comme Fredo, René, Jean-Louis, ou Michel. C’est avec eux que j’ai créé un système de dépannage et de déménagements avec le soutien du centre social. C’est très simple : si un.e habitant.e a besoin qu’on change une ampoule ou qu’on déplace ses affaires dans un autre logement, il laisse un mot au centre, qui nous prête son camion et sa remorque, et on intervient gratuitement ou pour des sommes très modiques. Par exemple, c’est 10 euros le déménagement ! Ce que j’observe aussi, c’est que les travaux de rénovation entrepris par la mairie améliorent la qualité de vie dans le quartier. Devant chez moi par exemple, la mairie vient de refaire tous les espaces : il y a une grande aire de jeux pour les enfants, un city stade que les jeunes avaient demandé, des pelouses… De toute façon, le conseil citoyen, où j’ai accepté de m’engager parce que je trouve que c’est important de donner notre avis sur le quartier, avait prévenu : si c’était pour mettre en place des équipements que personne ne souhaitait, ils seraient vite dégradés ! Mais je dois dire que nos besoins sont écoutés quand même. J’ai l’impression que je passe pas mal auprès des élu.es… Y’a une voisine l’autre jour qui m’a dit : « On a des nouvelles de toi que dans le journal ! »

« Ce que j’observe aussi, c’est que les travaux de rénovation entrepris par la mairie améliorent la qualité de vie dans le quartier. »

Comment vous situez-vous dans le quartier ?

Je suis bien ici. J’ai mon quotidien, je peux compter sur les autres habitant.es, on se rend service. Des voisines me préparent même des petits plats ! Quand je suis arrivé dans l’appartement où j’habite actuellement, elles pouvaient même m’en déposer trois ou quatre le même soir… C’est très bon en plus ce qu’elles cuisinent ! En échange, je dis toujours « oui » quand elles ont besoin de quelque chose, comme d’aller faire les courses au marché. Elles me disent que c’est agréable d’y aller avec moi parce que je leur laisse le temps de choisir ce qu’elles veulent sur les étales, je ne suis pas pressé. Et puis au-delà des voisins et des voisines, il y a le centre social du Planty où je passe beaucoup de temps. C’est comme une deuxième famille pour moi. Entre le soutien scolaire avec les enfants, que j’assure, l’accompagnement des familles Afghanes qui arrivent dans le quartier et qui ont besoin d’un coup de main, les coups de pouce pour les demandes de logements à Sèvre Loire Habitat ou les petits travaux et les déménagements, je ne m’ennuie pas ! Je viens presque tous les après-midis. Parfois j’arrive et on me dit « Jojo, est-ce que tu peux accompagner tel groupe pendant une sortie ? », ou je prends le camion du centre social et avec les copains on récupère les objets ou les détritus qui trainent dans le quartier pour les emmener à la déchetterie… Ce que j’aime dans ce que je fais, c’est le contact avec les gens.

« D’ailleurs, c’est la même chose le mardi matin quand je vais donner un coup de main à la banque alimentaire. Avec eux, je vais récolter les aliments dans les magasins. Et s’il en reste un peu, j’en ramène à des familles du quartier… »

Quel serait votre rêve pour vous et votre quartier ?

Il y a un truc que je ne m’explique pas, c’est que notre quartier est comme divisé en deux par une église, et de l’autre côté, ce n’est pas convivial et familial comme chez nous. Les gens se connaissent moins, s’entraident moins… Alors si j’avais une baguette magique, je crois que je voudrais la même ambiance des deux côtés. Et si j’avais un message à transmettre aux jeunes, parce que c’est eux qui vont décider de l’avenir de Favreau, c’est de garder le quartier aussi joli qu’il l’est aujourd’hui. De ne pas suivre des modèles que je vois se développer parfois, autour des rodéos, des trafics… Aujourd’hui on est plutôt des bons élèves, plein de gens veulent venir vivre ici, pourvu que ça dure !

Propos recueillis par Clémence Leveau