Portraits de jeunes. Eleanor DARLAY, passionnée de mécanique | Hennebont

À force de voir passer des motos devant chez elle, Eleanor « est tombée dedans ». Aujourd’hui, elle veut devenir mécanicienne. Un projet professionnel qui ne fait pas l’unanimité, quand on est une fille. Mais qu’importe, “Ele” est bien décidée à aller jusqu’au bout de ses projets. La jeune fille a grandi dans l’Oise, avant de rejoindre son père quelque temps dans le Morbihan, dans le quartier Kerihouais à Hennebont.

Nom : DARLAY

Prénom : Eleanor

Âge : 17 ans.

Signes distinctifs : Ma passion pour la mécanique et la moto.

Engagements et projets : Mon projet serait de trouver un apprentissage dans la mécanique auto-moto et puis de faire un peu ma vie.

Présentation : Peux-tu nous raconter ton histoire, l’endroit où tu as grandi, où tu habites ?

Je m’appelle Eleanor Darlay, j’ai 17 ans. J’ai grandi en campagne. J’allais en week-end et quelques fois en vacances chez mon père, à Creil, dans le quartier la Guynemer. Avec mon frère Steven, et ma belle-mère, j’ai connu pas mal de monde dans le quartier. C’est une cité, comme Kerihouais où ils ont déménagé ensuite. Dans les quartiers, c’est moins calme qu’en campagne, il y a plus de voitures, plus de gens. Mais aussi moins de difficulté à se déplacer pour aller en centre-ville. En campagne, tu es obligé de prendre le car et tu ne reviens généralement pas avant midi ou 17 heures le soir… Mais c’est beau ! Il y a un grand bois derrière chez nous, avec plein d’animaux. On a fait plusieurs villages avant de vraiment se poser, du côté de ma maman. Depuis que j’ai 4 ans, je n’arrête pas de déménager ! Cela m’a apporté de bien connaître la campagne et la ville, de m’adapter aux deux milieux. Quand je suis venue vivre chez mon père à Kerihouais, en Bretagne, l’an dernier, je ne connaissais personne en arrivant dans le quartier, à part ma famille. Je restais tout le temps à la maison à part quand il y avait des activités avec l’association Cordée Cordage. Le but est de faire sortir les filles des quartiers. Avec ma sœur, on allait en activité, on partait voir la mer, on a fait pas mal de sorties. Je me souviens d’avoir vu les dauphins sauter au clair de lune, trop beau ! Au départ, j’ai trouvé le quartier beau et pratique qu’il y ait une supérette à côté de la maison de quartier et une école, un collège, un lycée à côté. Tout est rassemblé, c’est bien. Ça évite de traverser tout Hennebont. Je sais qu’il y a des quartiers où il n’y a pas d’école, rien.

Projets et engagements : Quels sont tes projets personnels et professionnels ? Es-tu impliquée/engagée dans ton quartier ou ailleurs ? 

J’aimerais ouvrir mon propre garage auto-moto. Cette passion me vient de mon papa, je pense. Il adore le motocross. Comme je voyais plein de motos qui passaient, ça m’est venu comme ça. Je m’y suis intéressé de plus en plus et je suis tombé dedans ! J’étais en CM2 quand je suis tombé dans la mécanique ! Là, je finis mon CAP petite enfance par correspondance. J’essaie de m’engager un maximum dans la vie. J’ai choisi cela parce que j’aime beaucoup les enfants, et je ne trouvais pas de CAP par correspondance en mécanique. Mais je cherche un apprentissage en mécanique. Le lycée, je n’aimais pas. Cela m’endort. Et puis toute ma classe était contre moi.

«  La mécanique, j’étais en CM2 quand suis tombée dedans ! »

Tu fais partie d’une génération traversée par des mouvements sociaux très forts, Black Lives Matter, les Marches pour le climat, #MeToo, etc., qu’est-ce que ça t’inspire ?

Ils ont raison. Pour les femmes, déjà, il faut se battre. Quand j’ai demandé un bac pro mécanique auto, mon principal m’a dit non parce que j’étais une fille, et la classe était principalement composée de garçons. Sauf que moi, je m’entends mieux avec les garçons qu’avec les filles, ce qu’il n’a pas voulu comprendre. Il m’a dit : « non, ta place est dans une classe de filles ». Et il m’a mis en bac pro en ASSP (Accompagnement, soins et services à la personne) à Grandvilliers. Au lycée c’est pareil, quand j’ai voulu changer de filière, le Lycée m’a dit que ce n’était pas possible parce qu’on était en cours d’année, alors qu’il y avait encore deux places de libres en mécanique. Ils faisaient tout pour que je reste, car c’est un petit Lycée, et ils ont de moins en moins d’élèves. Pour l’instant je n’ai pas trouvé d’apprentissage en mécanique, certains ne veulent pas de filles, d’autres m’encouragent, mais n’ont pas de place. Ce n’est pas réservé qu’aux hommes !

La planète c’est pareil, il faut s’engager vu le réchauffement climatique… Quand il y a eu les fortes pluies à Beauvais, cela a créé des inondations et un adolescent est décédé à cause de cela. C’est tout proche de chez ma maman, à même pas 30 kilomètres…

«  Pour les femmes, il faut se battre. Quand j’ai demandé un bac pro mécanique auto, mon principal m’a dit : “non, ta place est dans une classe de filles”. »

Être jeune en 2021 : Pour toi, qu’est-ce que ça veut dire d’être jeune en 2021 ? Comment te sens-tu, comment vis-tu la crise sanitaire ?

Être jeune c’est vraiment difficile. Des personnes âgées croient que nous sommes encore des enfants et vont se permettre de tout nous dire. Alors que des fois, on sait ce qu’on a à faire. La recherche de travail aussi est difficile, beaucoup veulent travailler, mais ne trouvent pas. Mon copain par exemple, a déposé plein de CV et n’a aucune réponse. Rien que pour le port du masque, une personne âgée n’avait pas son masque et quand je lui ai dit, elle m’a répondu que nous les jeunes, on n’avait rien à dire, on était pareil. Alors je ne dis plus rien ! Cette crise sanitaire ça a été difficile. Avant je sortais beaucoup, j’allais faire du foot. Mais là, plus de moto, plus de foot, plus rien du tout. Les occupations étaient restreintes. La plupart du temps, j’étais sur la console parce qu’il n’y avait que ça à faire, et dormir…

«  Être jeune c’est vraiment difficile. Des personnes âgées croient que nous sommes encore des enfants et vont se permettre de tout nous dire. Alors que des fois, on sait ce qu’on a à faire. »

 

As-tu un rêve, une raison d’espérer pour toi/pour les autres ? Est-ce qu’il y a des choses qui devraient changer  ?

Depuis que je suis toute petite mon rêve c’est d’aller soit au Japon, en Espagne ou au Portugal. Mais si je peux faire les trois, ce serait nickel ! L’Espagne et le Portugal, je suis attirée par leurs langues. Et puis le Japon c’est leur culture, leur nourriture que j’aimerais bien goûter. Ce qui devrait changer, sinon c’est le racisme, surtout en entreprise. Et les inégalités. Et dans les quartiers, sinon ce serait bien qu’il y ait plus de calme. Moins de bruit la nuit ! À Kerihouais, ils sont en train de rénover le fond du quartier, ils ont démoli des immeubles pour construire des maisons. Il va y avoir du renouveau. Plus tard, je crois que j’aimerais habiter en campagne. J’adore les animaux, voir des oiseaux, des chevreuils…

Propos recueillis par Marie Fidel