Portraits de femmes. Bouchra, confluence des cultures à Redon

Bouchra, confluence des cultures

Nom : OUBROUK

Prénom : Bouchra

Âge : 41 ans

Quartier : Bellevue, Redon

Signes distinctifs : Marocaine, arrivée en France en 2007.

Engagements : pour l’aide aux familles, l’égalité, sortir les personnes de l’isolement. Membre du conseil citoyen et adulte-relais dans le quartier en tant que médiatrice et animatrice multimédia au Centre-social Confluence de Redon depuis 2015.

 

Entre habitant·e·s du même quartier, on se comprend. Surtout quand on parle la même langue, l’arabe. C’est ainsi que Bouchra a tissé des liens de confiance avec les familles de Bellevue, à Redon. De son pays d’origine, le Maroc, elle a conservé une culture du partage et de la solidarité qu’elle fait vivre à travers ses missions d’adulte-relais depuis 2015.

 

« Je trouve que c’est intéressant dans ces quartiers d’être une femme, cela permet un lien de confiance avec les habitant·e·s. »

 

 

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre quartier ?

« Je suis arrivée en France en 2007 avec le regroupement familial, pour rejoindre mon mari. Je viens du Maroc. Cela a représenté pour moi un changement de culture, de traditions, de coutumes… Mais m’intégrer a été plutôt facile, car j’ai fait des études, je parlais français. Je suis arrivée directement ici à Bellevue. C’est un quartier récent, entré en Politique de la ville en 2015. Depuis qu’ils ont démoli les tours, il y a beaucoup de verdure. C’est un quartier chouette situé au cœur de Redon. On y vit tranquillement. Côté délinquance, pour ma part je trouve que nous ne sommes pas concernés. Pour les enfants, il y a tout ce qu’il faut, des écoles, un collège, des jeux, un centre social. On a beaucoup de communautés turques dans le quartier. »

 

« On a l’habitude au Maroc, on aime bien aider, être solidaire. C’est la nature humaine.»

 

Quand avez-vous commencé à donner du temps pour votre quartier? Quel a été le déclic?

« Au Maroc, j’ai obtenu un diplôme d’informatique. J’ai travaillé dans une association, SOS Femmes victimes. C’était difficile de supporter la violence subie par les femmes et l’influence des familles. Quand je suis arrivée en France, je ne pouvais pas travailler tout de suite, j’attendais ma carte de séjour. J’ai fait un peu de bénévolat ici, au Centre social avant d’y travailler. C’est grâce à mon bénévolat que j’ai été engagée sur un poste d’adulte-relais. J’étais investie sur la “Cuisine du Monde”, un temps d’échange connu dans le quartier pour rencontrer des compatriotes, quand on arrive en France. J’ai également été bénévole lors de la journée “Rencontre des cultures d’ici” à la salle des fêtes. Alors, une collègue m’a proposé de candidater au poste d’adulte-relais. Ils cherchaient quelqu’un du quartier, une personne neutre… J’ai postulé et c’était moi ! Je suis médiatrice et animatrice-multimédia dans le quartier. J’accompagne les personnes dans leurs démarches (carte de séjour, mutuelle, etc.). Je suis beaucoup en contact avec les femmes du quartier. Je fais le lien entre les familles et les structures, pour les amener vers leurs droits. J’essaie d’apporter une réponse rapide, sans aucun jugement, car je sais que demander de l’aide n’est pas facile. Et quand on ose enfin demander, c’est qu’il y a un réel besoin. J’aime bien partager mon savoir-faire. On a l’habitude au Maroc, on aime bien aider, être solidaire. C’est la nature humaine. »

 

 Pensez-vous qu’être une femme change la donne lorsqu’on s’engage sur un territoire? (Le regard est-il différent? Faire entendre sa voix est-il plus difficile?)

« Être une femme n’est pas un frein, cela permet un lien de confiance avec les habitant·e·s. Je cherche à nouer ce lien pour que les enfants puissent participer aux activités mises en place sur le quartier. Faire confiance à quelqu’un pour s’occuper de son enfant, ce n’est pas facile. Je vais chercher les petits auprès des mamans turques, tchétchènes. Elles me disent que si je suis là, elles acceptent de me confier leurs enfants. En plus, les habitant·e·s me connaissent, car j’habite le quartier, je suis moi-même maman d’un petit garçon ici. C’est vraiment un lien de confiance, je les remercie. Je parle arabe, aussi, ça facilite la tâche dans le quartier. Quand j’ai commencé en 2015, la ville de Redon a reçu des réfugiés syriens. Ils étaient contents de savoir que quelqu’un parlait arabe ici. Cela m’a vraiment touché, une famille m’avait dit : “Tu sais Bouchra, voilà un an qu’on n’a pas parlé ni entendu l’arabe, à part ici au Centre social”.

 

Nous sortons de deux mois de confinement, quelles ont été les difficultés vécues par les familles du quartier?

« Cela a été dur pour certaines familles, l’isolement, les études, nourrir toute la famille… Après le confinement, les gens étaient en panique, ne sortaient pas. J’ai pris beaucoup de temps pour écouter, même sur mon temps personnel. C’est difficile pour les familles de se confier. Je les laisse parler, je demande juste : “ ça a été le confinement ? ”. Pour les personnes déjà fragiles, ça a été d’autant plus difficile. Là, ça va mieux, le quartier a repris sa vie d’avant, ses bonnes habitudes. On pique-nique dehors, on se retrouve. On voit les enfants sortir, jouer. D’habitude la communauté turque retourne au pays l’été. Là, ce n’est pas le cas. C’est la première fois qu’on peut créer une programmation estivale, c’est une opportunité pour la vie du quartier.”

 

Avez-vous un rêve pour votre quartier et ses habitant·e·s?

“Que tout le monde ait un travail, une voiture, un permis, surtout les jeunes qui ont des contrats d’apprentis. Qu’on soit tous égaux, au même niveau.”

Propos recueillis par Marie Fidel

 

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