Partie 3. Des quartiers évités ?

Rapport habité et représentations au quartier. Relations quartier – « nouveaux habitants »

 

Plus que de mixité sociale, c’est bien de mixité socio-spatiale dont il s’agit lorsque l’on parle de la diversification de l’offre logements associée à la rénovation urbaine (Baudin, 2001). Cependant, comme montré par l’étude désormais classique de Chamboredon et Lemaire (1970), proximité spatiale ne signifie pas proximité sociale. Par conséquent, lorsque l’on cherche à interroger la participation de ce nouveau parc de logements à la mixité de ces quartiers il apparaît incontournable de questionner le rapport et les relations qu’entretiennent ces habitants avec le quartier « historique ». En effet, le niveau de relation et d’intégration de ces nouveaux habitants avec le quartier est intéressant à saisir puisqu’il peut modifier profondément les lieux du quartier (Steindorsson et al., 2021) et parce qu’il participe à la compréhension de l’image et des réputations de ces espaces rénovés.

Quel rapport entretiennent-ils vis-à-vis du quartier, de ses caractéristiques, de ses normes parfois différentes voire éloignées des contextes résidentiels éprouvés par ces habitants ? Comment ces différences sont-elles appréhendées, sont-elles dépassées, sont-elles renforcées ? Quel est le niveau de satisfaction de ces habitants ? La durée de présence résidentielle est-elle un indicateur d’ancrage dans le quartier ? Comment ces rapports permettent de nourrir et renseigner les représentations de ces quartiers rénovés et de la mixité sociale recherchée ?

 

« On m’avait parlé de mixité sociale, on a l’impression d’être un îlot. Ça me fait penser à ″Astérix le domaine des dieux » (Malakoff, propriétaire, femme célibataire, bibliothécaire, 34 ans)

 

 

 

Quel rapport entretiennent-ils vis-à-vis du quartier, de ses caractéristiques, de ses normes parfois différentes voire éloignées des contextes résidentiels éprouvés par ces habitants ? Comment ces différences sont-elles appréhendées, sont-elles dépassées, sont-elles renforcées ? Quel est le niveau de satisfaction de ces habitants ? La durée de présence résidentielle est-elle un indicateur d’ancrage dans le quartier ? Comment ces rapports permettent de nourrir et renseigner les représentations de ces quartiers rénovés et de la mixité sociale recherchée ?

Précision sur la méthode

Dans cet exercice, nous nous sommes principalement basés sur l’une des questions ouvertes du questionnaire. Cette question était décomposée en trois temps : « comment vous sentez-vous dans votre logement ? » puis même question concernant la résidence et enfin le quartier. L’idée était que le répondant mette en relation ces trois dimensions spatiales intereliées. Les réponses ouvertes ont été synthétisées dans un indicateur représenté sur les planches 10 à 12.

 

En adéquation avec le niveau d’influence positive du choix du logement dans la trajectoire résidentielle entrante précédemment observé, la sensation au sein du logement est très majoritairement positive (planches 10 à 12) parmi les résidents de la nouvelle offre de trois de ces quartiers. En revanche, cette sensation positive décroit à mesure que l’on s’éloigne du logement. La résidence fait plutôt appel à une expérience positive, tandis que le quartier évoque des sensations plus négatives ou entraine des comportements plus ou moins assumés d’évitement (planche 10 à 12). Détaillons pour chacun des quartiers.

 

 

 

Malakoff, malgré une diversification importante, une intégration difficile et éphémère

A Malakoff, la sensation des habitants de cette nouvelle offre est globalement très positive vis-à-vis de leur logement et de la résidence.

 

« Très bien. Je me sens chez moi, je suis dans une bulle, si je ferme je n’entends pas ce qu’il se passe en bas » (propriétaire, femme célibataire, agent de voyage, 42 ans)

 

Les qualités des logements neufs sont souvent mentionnées et de façon régulière, des liens sont fait entre la sensation dans le logement et le quartier dans une logique de mise à distance (raisonnable) des nuisances voire de son image.

 

« C’est très calme. C’est plutôt des jeunes, des couples et des petites familles. On est en sécurité ici » (locataire, femme vivant en couple, interne, 27 ans)

 

Le ressenti des habitants au sein des résidences est globalement très positif. En dehors des problématiques liées au clivage entre les propriétaires et les locataires, on retrouve assez largement une satisfaction des sociabilités de voisinages notamment dans les résidences les plus homogènes. Cette satisfaction, si elle n’est pas liée à ces sociabilités, peut faire référence du calme qui règne dans ces résidences – en contraste avec le quartier. De façon plus marginale, mais plus marquée sur certaines résidences et chez les ménages plus âgés, ou présents depuis longtemps, il est fait référence à des événements négatifs (comme des intrusions) ou à la qualité des équipements de sécurité. Dans ces cas, le quartier représente une influence négative voire dangereuse sur la qualité et la tranquillité de vie au sein des résidences dont il faut se prémunir en se protégeant.

 

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La sécurité des résidences en question

De façon récurrente, dans un certain nombre de résidences ou de lotissements – mais pas tous – nous avons ressenti une crainte, une méfiance importante de la part d’habitants : il est arrivé à plusieurs reprises que l’on nous refuse l’accès, que l’on questionne la légitimité de notre présence dans la résidence ou le lotissement.

« On ne laisse pas rentrer n’importe qui [dans la résidence] avec les problèmes qu’on a dans la résidence ! […] qui vous a laissé rentrer ? » (homme d’une soixantaine d’années).

 

En revanche, la sensation au sein de Malakoff des habitants de ce nouveau parc de logements est bien plus nuancée (planche 10). Une première partie des résidents ont le sentiment d’être mis à l’écart d’un quartier dont ils ne veulent pas adhérer aux habitudes, aux normes souvent différentes de leurs précédentes expériences résidentielles. Dans des degrés différents, ces habitants sont déçus de la promesse de mixité qui leur a été vendue avec le projet et ont souvent abandonné la perspective d’une amélioration en leur sens. Dans ce cas, ils ont souvent un projet de départ du quartier :

« Bof. La population ne nous accepte pas. On me prend pour un policier, j’ai pas le faciès pour le quartier. Ils ont tenté l’expérience mais ça ne se fait pas. Dans les résidences la diversité se passe bien mais en dehors non » (locataire, Homme vivant en couple, dessinateur industriel, 58 ans)

 

Un deuxième groupe d’habitants pourrait avoir une relation de mise à distance, de mise à l’écart du quartier et des habitants dits historiques. Ces habitants se réjouissent de ne pas entendre, de ne pas voir le quartier de derrière, le fond du quartier, adoptent des comportements et des mobilités d’évitement. Cette façon d’habiter le quartier est le plus souvent inconsciente dans le discours des habitants qui ne revendiquent pas cet évitement mais l’abordent comme une adaptation presque inconsciente et banale au contexte du quartier :

 « On est du bon côté, on n’est pas obligé de passer par le quartier. Les autres au bout eux sont moins contents [côté quartier]. Nous on n’a pas les nuisances de la cité ! » (locataire, homme vivant en famille, informaticien, 35 ans)

 

Un autre groupe d’habitants dit se sentir bien dans le quartier et entretient une relation avec le quartier assez positive. En effet, ils ont réalisé une forme d’acceptation, de banalisation des phénomènes associés au quartier comme les rodéos de scooter, les trafics de drogues et les coups de feu parfois liés à ces trafics. Si cette construction est souvent liée à une certaine forme de mise à distance du quartier, elle est souvent le fruit d’une forme d’autojustification de leur présence résidentielle –éventuellement le temps que la clause anti-spéculation leur permette de partir. Cette banalisation passe également par des phrases comme « c’est pas pire qu’ailleurs » ou encore « on habite pas aux Dervallières [un des QPV nantais] non-plus ! » (Malakoff, propriétaire, femme seule, professeure du secondaire retraitée, 71 ans) qui permettent de réhabiliter Malakoff, leur quartier de résidence, dans la hiérarchie des réputations urbaines :

“Il y a des aléas dans le quartier, des problèmes de drogues mais ce n’est pas dans cet immeuble-là [où ils habitent]. Ça fait réfléchir pour notre enfant, le fait qu’il y ait des tirs près de l’école et des aires de jeux, mais c’est pas nous qui sommes visés alors je ne me sens pas personnellement en insécurité” (propriétaire, femme vivant en famille, architecte salariée, 32 ans)

 

Enfin, un dernier groupe, beaucoup plus discret par le nombre que par la présence dans le quartier, se démarque des autres par un épanouissement dans le quartier. Ici les phénomènes violents, les nuisances sont totalement balayés voire à peine évoqués dans les échanges. Dans les discours de ces habitants, sont mises en avant aussi bien les qualités intrinsèques du quartier comme les équipements, l’environnement, l’ambiance ou la mixité ou la diversité de la population que la volonté et l’envie de s’intégrer pleinement dans la vie du quartier. Cette intégration passe très souvent par l’école et/ou l’investissement dans le tissu associatif existant :

« On est très bien. Le fait qu’on aille à l’école a aidé au fait qu’on se sente bien. C’est l’autoroute des gens à pieds quand on y va ! On se sent bien ! » (Propriétaire, homme vivant en famille, agent de voyage, 38 ans)

 

Ces rapports très différenciés au quartier associés aux trajectoires résidentielles, sont assez corrélés à la durée de présence résidentielle dans le quartier. Plus un ménage est présent depuis longtemps dans le quartier, plus il y a de chances que son ressenti vis-à-vis du quartier soit négatif. En effet, si une partie des habitants les plus mécontents du quartier partent assez rapidement, l’autre partie se retrouve bloquée par l’impossibilité de trouver une offre de logement similaire à Nantes ou par le cycle de vie du ménage (le temps que les enfants partent, le temps d’être en retraite, etc..) et profite de l’enquête pour exprimer des revendications de mécontentement assez fortes. Tous ces ménages ont des projets plus ou moins réalistes et proches de déménagement en dehors du quartier et à cause du quartier.

« La police ne fait rien alors que je les appelle. J’ai écrit au Président de la République en 2018 suite aux évènements [les émeutes urbaines à Nantes dans les quartiers populaires] et j’ai été entendu au commissariat mais ça ne change rien. On fuit, s’il n’y avait pas de scooter et de chiens… Je me casse on ne me fera plus chier » (locataire, homme vivant en famille, directeur commercial, 47 ans).

 

Ce phénomène de blocage, de rétention résidentielle que l’on observe vient alimenter la part importante de primo-occupant encore présents dans le quartier (51%). Si cette donnée est influencée par la présence de 18 ménages encore soumis au dispositif anti-spéculation, on note tout de même que dans les résidences les plus anciennes, entre 20 et 30 % des primo-résidents (locataires et propriétaires confondus) sont toujours présents.

Inversement, du fait du nombre important de ménages directement ou indirectement insatisfaits du quartier et combiné à la structure des ménages et aux types de trajectoires résidentielles, le taux de rotation résidentiel au sein de ces nouvelles résidences non-sociales est élevé. Par exemple, les ménages présents depuis moins de 2 ans sont 22% dans ce parc contre 19% à Nantes et 22% à Malakoff.

Enfin, un autre indicateur permettant de renseigner le rapport et les représentations de ces habitants concernant le quartier est celui de l’évitement scolaire. Parmi les familles avec des enfants (hors lycéens) environ 40% ne mettent pas leurs enfants dans le secteur scolaire du quartier. Si certain arguent des contraintes liées au travail ou une organisation avec le parent séparé, d’autres assument pleinement ce choix d’évitement scolaire afin de protéger et de permettre à leurs enfants de meilleurs fréquentations. Cependant, parmi les parents qui ont fait le choix de maintenir leurs enfants dans les établissements du quartier, une majorité nous font part de leur souhait de partir du quartier avant l’entrée au collège. Ainsi, la crainte de la mauvaise fréquentation malgré la qualité des équipements scolaires neufs, reste un frein très fort pour la pérennisation et l’intégration de ces familles dans le quartier.

Si les rapports et les représentations du quartier apparaissent assez négatifs et contrastés dans cette présentation, il faut tout de même rappeler qu’une majorité des habitants de cette nouvelle offre dit se sentir bien dans le quartier et que 52% des répondants disent être un peu voire beaucoup attachés au quartier. Par ailleurs, si le quartier est perçu comme étant un élément négatif dans la trajectoire résidentielle entrante pour un tiers des enquêtés, ils expriment pour 41% une sensation positive associée au fait de vivre à Malakoff. Ces éléments, outre le fait de rappeler que le poids des réputations est encore à l’œuvre, montrent que des évolutions positives –et négatives- du rapport qu’entretiennent les habitants avec le quartier existent.

 

 

A Kervénanec, une sécession des nouvelles résidences ?

Les habitants de la nouvelle offre de logement de Kervénanec sont également très satisfaits de leur logement mises à part quelques malfaçons ou contraintes découvertes qui confirment des trajectoires résidentielles généralement perçues comme positives.

Le rapport à la résidence apparaît quant à lui presque comme anormalement peu positif notamment si on le compare aux deux autres quartiers. La proportion de rapport négatif à la résidence s’explique d’un côté par des problèmes de relation de voisinage, et de l’autre par des événements –vécus ou craints- ayant menacé la sécurité de l’espace résidentiel.

 

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Lorsque l’on demande aux habitants de la nouvelle offre non-sociale comment ils se sentent dans le quartier, beaucoup nous parlent du calme, des espaces vert (le parc du Venzu notamment), de la proximité avec les plages, avec l’étang du Ter. En réalité, cette valorisation des qualités de l’environnement résidentiel s’appuie souvent sur une définition différente de la nôtre du quartier. Nous avons pu régulièrement le comprendre lorsque de nombreux habitants des lotissements définissaient le quartier comme la zone pavillonnaire, ou lorsque des habitants des terrasses de Kreisker affirmaient ne pas vivre à Kervénanec mais dans le quartier – voisin – du Kreisker. Autre exemple, dans la résidence des Marquises plusieurs habitants associaient leur ressenti dans le quartier à l’environnement verdoyant qu’ils voient de leur fenêtre en direction de l’ouest vers Ploemeur, soit à l’opposé du quartier. Les habitants de ce nouveau parc de logement évoquent assez peu le quartier derrière, symbolisé dans quelques rares discours par « les tours derrières » (Locataire d’une maison, homme vivant en famille, éducateur spécialisé, 35 ans) et quasi unanimement associé à des représentations négatives. Ainsi, la distance, plus symbolique que physique ou même sociale parfois, tient plus d’une construction des représentations spatiales qui protège de l’influence de Kervénanec en valorisant, par exemple son éloignement :

« Il y a beaucoup de verdure, c’est pas mal aménagé. Ce qui est positif, c’est qu’on est un peu excentré de la partie nord du quartier. » (Locataire d’une maison, homme vivant en colocation, paysagiste, 25 ans)

 

photographie 2 : Rupture paysagère entre le tissu urbain des parties où se concentrent la nouvelle offre non-sociale et les parties où subsistent les formes urbaines du grand ensemble et la plupart des logements sociaux

Cette distanciation est facilitée par la diversification importante des formes urbaines et architecturales opérant une distinction paysagère assez nette entre le secteur sud où les formes typiques desgrands ensembles ont disparu au profil de logements individuels ou de petits collectifs et où se concentre le parc de logement neuf et non-social. Les parties centre (réhabilitée) et nord (pas encore réhabilitée), quant à elles, sont marquées par la présence de barres mais surtout de tours qui symbolisent le quartier et les représentations négatives associées

Par ailleurs, cette mise à distance symbolique peut même parfois frapper par son inadéquation avec la réalité spatiale. Par exemple, une habitante de la seule résidence située à proximité immédiate du cœur – et des tours – du quartier justifie le choix de leur logement/résidence par rapport à cet éloignement mentalement construit :

« Si ça avait été plus loin vers les tours on n’y serait pas allé. On est bien là ! » (Propriétaire, femme vivant en couple, ouvrière à la retraite, 68 ans)

 

Ainsi, à cette mise à distance symbolique est souvent associée une absence de fréquentation du quartier et de ces équipements. Si certains le fréquentent tout de même de manière sporadique, cette mention est souvent accompagnée d’une justification qui permette maintenir cette mise à distance avec le quartier et la population « historique » :

« Je vis ma vie, autonome, je vais à la médiathèque et au Netto mais je ne fréquente pas les gens du quartier » (Propriétaire, homme célibataire, sans activité, 43 ans)

 

Parmi les différents habitants rencontrés, seuls ceux qui habitent dans la résidence au cœur du quartier semblent ne pas fournir cet effort de mise à distance et parlent de manière beaucoup plus libérée du quartier, de leurs usages du quartier mais également des éventuelles nuisances ou problématiques qu’ils auraient repérées sans que cela n’entachent l’appréciation qu’ils portent à leur lieu de vie.

Par conséquent, contrairement à Malakoff, l’organisation et la structure du quartier est un terreau facilitant cette distinction entre la partie sud du quartier et les parties centre – malgré sa rénovation – et nord – en cours de réhabilitation NPNRU. Au regard des échanges avec les habitants, il apparait que la satisfaction résidentielle et le maintien des présences tiennent à cet arrangement avec les réalités spatiales du quartier, expliquant par exemple un très faible taux de rotation – les habitants arrivés depuis moins de 2 ans représentent seulement 9% contre 13% à Kervénanec et 19% à Lorient.

Ainsi, si cette nouvelle offre de logement participe à diversifier la population d’un point de vue statistique, elle crée un écart, une fragmentation socio-spatiale dans le quartier avec des secteurs où l’ambiance et les fréquentations sont très différentes.

 

 

Les Sablons, des habitants des nouvelles résidences établis ou bloqués ?

Ici aussi, les habitants de la nouvelle offre de logements non-sociaux sont assez unanimement satisfaits de leur logement avec les mêmes éléments de contentement concernant la nouveauté et la qualité. La sensation que les habitants ressentent vis-à-vis de leur résidence/lotissement est aussi marquée par des réponses très positives et même régulièrement enthousiastes dans les deux lotissements :

« Je suis devenue amie avec beaucoup de personnes dans la rue. Il y a un très bon voisinage et beaucoup de liens. » (Locataire, femme vivant en famille, sans activité, 32 ans)

 

Dans la tour de l’Espal, les habitants disent se sentir bien dans la résidence, mais la vente successive de logements et/ou leur mise en location nuance de plus en plus le rapport de nombreux résidents qui décrivent une dégradation de l’ambiance avec des nuisances de plus en plus récurrentes.

Dans les échanges que nous avons eus avec les habitants, il apparaît, par rapport à Malakoff et à Kervénanec, qu’il existe une part plus importante qui habitait déjà aux Sablons dans leur précédent logement (planche 9). Ces ménages déjà familiers du quartier entretiennent très largement des rapports positifs à ce dernier quel que soit la résidence. De façon plus générale, on note que les ménages qui ont déjà habité au cours de leur trajectoire aux Sablons ou même qui le fréquentaient déjà de façon régulière pour le travail, par exemple, ont également plus de chance d’entretenir une relation positive au quartier.

 

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Cette proportion de ménages connaissant le quartier a pu participer au fait que l’influence du quartier dans le choix de venir y vivre était moins souvent négative qu’à Malakoff ou à Kervénanec (planches 7 à 9). Cependant, ce constat semble ne pas se confirmer maintenant que les habitants du quartier y résident puisque nous observons que la proportion de ménages ayant un ressenti négatif par rapport au quartier est bien plus élevée (planche 12). Ainsi, il apparaîtrait que l’expérience du quartier soit plus négative qu’ailleurs et surtout plus négative que ce que laissaient présager les choix résidentiels.

Pour comprendre les relations et représentations associées au quartier, il semble important de dissocier la compréhension de ces relations en fonction de la localisation. Le quartier des Sablons étant deux fois plus grand en superficie que les deux autres terrains d’étude et étant coupé en deux par une voie rapide, il n’est que rarement appréhendé par les habitants – entre autres – comme une seule entité cohérente.

Lors des échanges avec les habitants de la tour de l’Espal, sur la partie est du quartier, la plupart évoquent comme éléments positifs dans leur environnement résidentiel les parcs et promenades dans la nature à proximité immédiate de cette partie du quartier.

 

« Je suis plutôt satisfaite pour le tram, la médiathèque et le côté nature » (Propriétaire, femme vivant en couple, conseillère en insertion, 60 ans)

 

Mise à part la présence importante d’équipements jugés de qualité, les discours sur l’environnement autour de la résidence sont bien moins élogieux et visent principalement le petit centre commercial en contrebas de la tour en proie à de petits trafics et au départ progressif des commerçants. D’autant que cet équipement semble être dans beaucoup de cas l’un des seuls points de contact avec le quartier et ses habitants puisque la proximité très immédiate du tramway permet aux habitants d’inscrire leurs pratiques à l’extérieur du quartier.

Les deux lotissements sur la partie ouest du quartier ont un rapport sensiblement différent. Les habitants des petites maisons de la Foncière Logement sont au cœur du quartier et opèrent pour une partie un marquage très fort de leur espace résidentiel. Ce marquage passe notamment par des relations et des solidarités de voisinage décrites comme importantes. Cette intensité des relations de voisinage peut être considérée comme un entre soi protecteur puisqu’il est souvent corrélé avec un discours négatif voire très négatif sur le quartier.

Une autre partie des résidents optent pour une mise à distance, dans les pratiques et dans les discours, du quartier et de ses habitants mais qui n’est pas systématiquement synonyme de représentations négatives du quartier. Cette relation distanciée est d’autant plus facilitée dans le lotissement du secteur piscine plus éloigné du cœur du quartier et accolé au tissu résidentiel jouxtant le quartier :

« On parle beaucoup des Sablons, on est vraiment à la limite ici, on n’a pas de soucis particuliers, […] si ce n’est quelques bandes d’adolescents qui viennent s’asseoir sur notre fenêtre, c’est pas gênant, on sort et on leur dit gentiment “Allez discuter ailleurs”. C’est pas non plus problématique » (propriétaire, femme vivant en couple, fonctionnaire à la retraite, 58 ans)

 

Ainsi, cette mise à distance du quartier des Sablons et/ou ce ressenti négatif, se traduit par des stratégies d’évitement scolaire très importantes puisque 75% des familles avec enfants (hors lycée) privilégient des établissements hors secteur ou privés en assumant pour la plupart le faire afin d’éviter la fréquentation des établissements scolaires des Sablons.

Ces arrangements dans les pratiques et les représentations que les habitants de la nouvelle offre entretiennent dans leur relation au quartier des Sablons, semblent être la condition permettant une présence résidentielle particulièrement longue (plus de 70% de ces habitants vivent dans leur logement depuis plus de 5 ans et 62% des résidents sont des primo-occupants du bien qu’ils habitent) au regard de la rotation résidentielle dans le quartier et dans la ville du Mans (planche 12).

Cependant, cette ambivalence entre une proportion de ressentis assez négatifs qui croît à mesure de l’ancienneté résidentielle et de cette présence résidentielle longue, pose la question d’une forme de blocage résidentiel. Le rapport qualité prix souvent très intéressant au regard des caractéristiques même des logements, de la localisation et de la proximité d’équipements que propose cette nouvelle offre immobilière et les difficultés dont certains ont fait part pour la revente, peuvent être des freins importants au départ de ces ménages. Dans une forme de compromis voire de résignations, les habitants les moins satisfaits de leur environnement résidentiel se réfugient dans les qualités énoncées afin de justifier une présence résidentielle convenable.

Il faut tout de même nuancer cette hypothèse de blocage résidentiel puisque 38% des habitants ne sont pas les primo-occupants de leur logement et témoignent, de fait, de l’existence d’un certain rythme de rotation résidentielle. En effet, des habitants – de la tour de l’Espal notamment – nous ont indiqué des changements dans le voisinage qui se sont passés ou qui sont à venir.

 

 

 

Partie suivante :  Conclusion. Alors, nouvelles résidences, nouveaux habitants, nouvelle mixité ?