Expérience : la GUP à Lanester

Contexte

Lanester est une commune de 22 500 habitants, intégrée à une agglomération de 190 000 habitants. Elle se caractérise par un fort taux de logements sociaux (28,7%). La particularité du parc est sa dissémination sur l’ensemble du territoire, en une quinzaine de groupes de 90 à 250 logements. Cela constitue des points forts : quartiers « à taille humaine » et travail de proximité facilité ; mixité forte à l’échelle de la ville, où zones pavillonnaires privées et zones d’habitat social alternent. Mais dans le cadre de la politique de la ville, cela constitue également des inconvénients. Ainsi par exemple, la lecture que peuvent en avoir les financeurs est biaisée, les difficultés étant « diluées », moins visibles dans les statistiques globales. C’est ainsi que le classement en ZUS de certains quartiers par l’Etat ne correspond que partiellement à la réalité de terrain (davantage de quartiers devraient être concernés).

Les quartiers d’habitat social concentrent certaines difficultés que l’on peut illustrer ainsi :
• Taux de chômage de 25 % à 30% – (Lanester : 13,7%)
• Taux de précarité aux alentours de 90%
• Sur-représentation des bas revenus et des bénéficiaires de la CMU
• Sur-représentation des ménages mono-parentaux
• Mineurs impliqués à 21% dans les actes de délinquance. Certains quartiers connaissent par périodes des situations tendues.

En termes urbains, la plupart des quartiers répondent au modèle des années 60-70, avec les caractéristiques suivantes :
• îlots fermés sur eux-mêmes et difficiles d’accès
• circulations confuses à l’intérieur ; stationnements parfois mal répartis
• dégradation des parties communes
• une certaine monotonie des espaces

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Historique de la GUP

Lanester a intégré la politique de la ville dès 1989 avec le contrat Habitat et Vie sociale (quartier de Kerfréfhour). S’en sont suivis les contrats de ville et les CUCS, sur divers quartiers de la commune.

La gestion urbaine de proximité est apparue lors du contrat de ville 2000 – 2006, avec les particularités suivantes :
• Partenaires limités à la ville, l’Etat et les deux principaux bailleurs (Bretagne Sud Habitat et Espacil)
• Le diagnostic des quartiers consistait en une juxtaposition des point de vue de chacun des partenaires, découlant sur un diagnostic partagé
• La Ville n’avait pas nommé de référent de l’animation de la GUP

En définitive, cette convention de GUP n’était pas opérationelle et la nouvelle GUP a été impulsée par le PRU du quartier de Kesler-Devilliers, qui rend obligatoire la signature d’une convention GUP et vise une opérationnalité effective. A Lanester, la convention a été étendue dès le départ à 12 autres quartiers.

Cette convention signée en 2009 pour une durée de 3 ans renforce la démarche :
• Des partenaires plus nombreux : Ville, Etat, bailleurs, communauté d’agglomération, Conseil de quartiers, associations de locataires, habitants de chaque quartier
• Un agent de la ville missionné pour la coordination et le suivi
• La mise en place d’un outil opérationnel :  le diagnostic en marchant.  Cet outil est différent et complémentaire des autres outils, telles les visites de quartier mensuelles, où sont présents les élus et qui n’impliquent que la ville.

Trois niveaux de prestation identifiés :

Le « socle commun »
Cela correspond au fonctionnement traditionnel des quartiers, avec la notion d’égalité des territoires. L’idée est que toute la ville doit être au même niveau d’intervention (qu’il n’y ait pas de différence entre un centre-ville et un quartier périphérique, par exemple). Cela correspond en fait au droit commun, qu’il est bon de rappeler, voire de repostionner parfois.
Pour ce faire, les services s’appuient sur divers relais du quotidien : agents de développement local, services techniques, gardiens, associations, habitants…

Une programmation annuelle issue des diagnostics en marchant (outil détaillé ci-après).

La « GUP renforcée » pour les quartiers en rénovation urbaine ou concernés par une réhabilitation.

Ces changements du cadre de vie sont une occasion de mobiliser davantage, avec l’idée de faire perdurer la participation des habitants au-delà du projet.

La GUP renforcée s’illustre de diverses manières :
• Une attention particulière au déroulement des chantiers :  stockage des     matériaux, informations aux résidents, gestion du calendrier, stationnements et circulations…
• Accompagnement des habitants pendant la réhabilitation des logements :  mise à disposition d’un appartement « pause travaux » ; adaptation des logements aux personnes âgées (Label Senior)…
• Globalement sur le projet : lettre d’information régulière, ateliers de travail urbain (proposition des habitants pour les aménagements), accompagnements par les associations de locataires (permanences, actions thématiques), accompagnement social (cellule de suivi, en lien avec le CCAS et le bailleur), actions culturelles…
• Anticipation des modes de gestion des espaces collectifs (découpage foncier, convention de gestion des espaces, convention pour les jeux pour enfants…).

Diagnostic en marchant

Préparation des diagnostics

• Information auprès des partenaires institutionnels et associatifs, auprès des habitants (porte à porte, passage sur les espaces collectifs, dans les ateliers etc…)
Difficulté rencontrée : expliquer la complémentarité des diagnostics avec d’autres démarches existantes comme les conseils de quartier, les visites du Maire et des élus une fois par mois, les visites hebdomadaires du responsable service politique de la ville…
• Réalisation d’une grille d’observation servant de support lors des diagnostics
• Repérage des lieux à diagnostiquer et des acteurs à convier
• Travail de logistique : invitations, préparation de salle…

Déroulement des diagnostics

• Utilisation de la grille d’observation qui prend en compte plusieurs champs d’intervention : services liés à l’habitat, services liés aux espaces extérieurs et au cadre de vie, la sécurité et la tranquillité publique.
• Grille complétée au fur et à mesure de la déambulation sur les quartiers par les différents acteurs.
• Temps d’échange :
– faire le point sur les observations
– réflexion collective quant à des pistes de solution
– modes de mise en œuvre
– rôles respectifs des habitants, services publics et autres partenaires
– délais de résolution

La phase de suivi des diagnostics se traduit par :
• un compte-rendu transmis à l’ensemble des participants
• une présence régulière du coordinateur sur le terrain
• une relation constante du coordinateur avec les services de la ville et les autres partenaires.

Résultats

1 – Pour certains dysfonctionnements une réponse rapide est apportée, soit de la part des habitants qui se sont impliqués soit de la part des institutions.
Exemple : activités d’embellissement avec atelier jardinage, installation de barbecues, modification de place du mobilier urbain, réparation de boites aux lettres, tags effacés….

2 – Changement de regard des habitants vis-à-vis des institutions et vice versa. Une meilleure compréhension des habitants vis à vis des procédures, certains dysfonctionnements ne
pouvant pas recevoir de réponses rapides : (ex : nouvelles aires de jeux).

3 – Meilleure coordination entre les acteurs et circulation rapide des informations.

4 – Amélioration de la vie des habitants dans les espaces collectifs ; participation des habitants à la vie du quartier, plus d’investissement.

5 – Difficulté quant à la mobilisation des habitants lors des diagnostics surtout sur la deuxième période (printemps 2012)

Date de mise à jour de la fiche : avril 2013