Paroles de femmes : Josiane Ndiaye, habitante et présidente du Lieu-dit à Auray

3 questions à Josiane, tisseuse de liens

L’associatif, Josiane baigne dedans depuis toujours. À travers ses racines africaines et son métier d’aide-soignante, elle a toujours pris soin des autres. Son crédo ? Que l’on se sente en famille, au « Lieu-dit » du quartier Le Gumenen.

Nom : NDIAYE
Prénom : Josiane
Age : 58 ans
Signes distinctifs : Très forte personnalité.
Engagements : Présidente de l’association de quartier le Lieu-dit, au Gumenen, Auray. Sensible à la précarité et l’isolement des personnes âgées.

« Quand je vois un sourire sur le visage d’un enfant, d’une maman, d’une personne âgée, je me dis que l’objectif est atteint. »

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre quartier ?

« Je suis arrivée ici en 2010, quand ma belle-fille s’apprêtait à accoucher. J’étais en région parisienne. Je suis tombée amoureuse de la Bretagne. Je n’ai plus bougé. Au début, j’occupais un logement ancien dans le quartier Saint-Goustan, à Auray. Ce n’était pas confortable. J’ai entendu parler des HLM. J’ai déposé un dossier et visité un immeuble tout neuf, au Gumenen. J’ai été l’une des premières occupantes de mon appartement. C’est un duplex magnifique. On a créé des liens avec les habitants. J’ai commencé à connaître les commerçants du quartier. C’est un quartier très vivant quand on le connaît. Aujourd’hui, on est comme une famille, on se connaît tous. Il n’y a rien de tel, quand tu t’entends bien avec ton voisinage. »

Quand avez-vous commencé à donner du temps pour votre quartier ? Quel a été le déclic ?

« Mon engagement dans le quartier, ça a commencé par de petites réunions, sur tel ou tel problème au niveau de l’immeuble. On s’est réuni pour en discuter. Les gens me désignaient comme porte-parole. Quand l’association le lieu-dit a été créé, je venais comme bénévole. Je suivais des cours de couture. L’association était chapeautée par la CIDFF, pendant un an. Puis il a fallu prendre son indépendance. Les filles m’ont demandé de prendre la présidence. L’association est devenue autonome le 12 septembre 2018, inaugurée en présence du préfet et du maire d’Auray.
L’objectif est de créer du lien, de l’entraide, des temps de convivialité, du partage entre les habitants. Chacun participe et apporte son savoir. Cela permet de lutter contre l’isolement et la précarité chez les personnes âgées. Elles sont ici chez elles, autour d’un thé, d’un café, on leur redonne confiance. Petit à petit, elles prennent des responsabilités dans l’association.
Aussi, on collabore avec des associations amies, comme Vidéographie, la Ludothèque qui nous prête des jeux pour les enfants, l’école du cirque et bien d’autres. J’ai toujours baigné dans le domaine associatif, de par ma culture africaine. Je suis métisse bretonne avec un père du sud de la France et une mère moitié touarègue, du Niger, et moitié bretonne. Cela facilite le relationnel. Être dans le partage, cela fait partie de moi. De par ma profession d’aide-soignante, je me suis beaucoup occupée des personnes âgées. J’ai travaillé dans un service d’aide à la personne, basé ici juste à côté de l’association. Quand j’ai eu plus de temps, à la retraite, je me suis donné à fond pour l’association. Quand je vois un sourire sur le visage d’un enfant, d’une maman, d’une personne âgée, je me dis que ça y est, l’objectif est atteint. J’essaie d’apporter du bonheur. Quand on franchit la porte du lieu-dit, on se sent chez soi, comme à la maison ».

 

Pensez-vous qu’être une femme change la donne lorsqu’on s’engage sur un territoire ? (Le regard est-il différent ? Faire entendre sa voix est-il plus difficile ?)

La donne, forcément, change quand on est une femme. Au début, les hommes ne voulaient pas venir au Lieu-dit. Ils se disaient : « Elles vont se retrouver, ça va être des cancans de femmes ». Puis, un homme a franchi la porte, timidement, puis un autre. Au début, ils ne prenaient même pas un café, puis la confiance est arrivée. Et voilà que tous les vendredis, j’ai quatre hommes. La donne change, car ils portent un autre regard sur les femmes. Ils osent même me demander une aide administrative ou autre. À la longue, je ne suis plus une femme pour eux, mais une personne qui peut les aider, une amie. Ils me proposent d’installer une étagère, d’améliorer le local.
Au départ, certaines femmes ne venaient pas, elles me disaient : « Mon mari ne veut pas, ça va faire des histoires ». Ce qui est marrant, c’est qu’ensuite, elles ont amené leur mari ici. Nous avons beaucoup de femmes âgées, à la retraite. Et des mamans trentenaires. Les jeunes hommes de 30 ans ont une vision plus moderne. Chacun amène sa petite pierre et on crée l’esprit de famille. On essaie de faire de la mixité, on a des cultures des Antilles, d’Afrique, de Bretagne. Quand je regarde Sylviane qui est bretonne, aujourd’hui elle connaît tout de la cuisine africaine. Le Lieu-dit attire beaucoup de gens de l’extérieur du quartier. À l’avenir, l’association aurait besoin de plus d’espace pour que chacun puisse s’exprimer. Nous rêvons d’un coin cuisine, d’un coin skate…

« Chacun amène sa petite pierre et on créée l’esprit de famille. »

Propos recueillis par Marie Fidel