Paroles de femmes : Fatou Niang, habitante et citoyenne engagée au Mans

4 questions à Fatou Niang, Mancelle engagée dans la vie du quartier des Sablons et pour l’avenir de ses habitant-e-s

Il y a deux ans, Fatou Niang s’installe dans le quartier des Sablons. Son premier réflexe ? Demander où elle peut s’engager, au service du quartier et de ses habitant-e-s.

Nom : NIANG
Prénom : Fatou
Age : 39 ans
Signes distinctifs : Engagée depuis toujours, elle se bat pour les jeunes et les femmes, portée par la volonté de faire vivre l’égalité des chances.
Engagements : Multiples ! Au Conseil d’Administration du Centre Social, au sein du Collège Costa Gavras en tant que parent déléguée, elle est également professeure de français bénévole pour le Secours Catholique.

« Mon engagement c’est l’égalité des chances. »

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre quartier ?

« Je m’appelle Fatou Niang, j’ai trois enfants. J’habite aux Sablons depuis 2 ans. Les Sablons c’est un quartier prioritaire, avec majoritairement des gens qui sont dans une situation précaire. Et c’est un quartier que j’aime beaucoup, qui m’apaise. Je m’épanouis dans ce quartier, et mes enfants aussi. Je l’aime parce que je sens une certaine solidarité. Je sens la gentillesse des gens. Parfois, les gens peuvent avoir une vision différente, pour ne pas dire négative. Ils peuvent penser que ce sont des HLM, que c’est un quartier chaud, alors que non. Les jeunes qui y habitent sont respectueux et respectables. Il faut vraiment être à l’intérieur du quartier pour sentir ce qu’il s’y passe. Après, comme tout quartier, comme tout endroit, il y a des choses négatives aussi, on ne va pas se voiler la face, mais hormis cela, c’est parfait pour moi. Le quartier est assez grand et on y mène beaucoup d’activités. Par exemple, il y a le centre social des Sablons qui fait énormément d’activités, pour les parents, pour les jeunes, pour tout le monde, même pendant les vacances. J’aime ce centre social, pour tout ce qu’on y fait, pour tout ce qu’on ressent quand on entre à l’intérieur. Le quartier a besoin de beaucoup de choses. On a un espace jeunesse aux Sablons mais, s’il y en avait un 2ème, ce serait pas mal pour mettre en place des projets avec les ados, pas pour eux, mais avec eux parce que lorsque ce sont leurs projets, ils se les approprient et là, ça marche. »

Quel a été le déclic qui vous a donné envie de vous engager dans votre quartier ?

« À la base, je suis une personne très engagée, une femme qui veut que les choses aillent de l’avant. Une chose qui m’a surtout motivée, c’est de m’engager pour les jeunes parce que les jeunes qui viennent de quartiers prioritaires, parfois, ils ont moins de chance. Ce n’est pas parce qu’on est dans un HLM, un quartier prioritaire, qu’on n’a pas les mêmes capacités professionnelles ou scolaires que les autres. Jeudi, il y a le concours d’éloquence qui s’est tenu et le niveau était haut. Ça montre que les enfants ou jeunes scolarisés qui sont ici dans nos quartiers ont les mêmes capacités que les autres. Parfois j’entends dire « quand vous faites votre CV, ne mettez pas votre adresse d’ici, aux Sablons, parce qu’après, pour vous recruter ça va être difficile ». C’est de la discrimination. Les personnes qui sont ici sont capables de faire, il faut que cette chance leur soit donnée. Il faut qu’il n’y ait plus de barrière et qu’ils soient vus comme tous les autres. Par exemple, on ne va pas se dire : pour les femmes d’ici, ce sera le ménage ou les postes auprès des personnes âgées. Non, elles ont le droit d’avoir les mêmes possibilités de faire leurs études supérieures ailleurs, dans de grandes écoles. Moi, c’est ça mon combat. »

« Après je m’engagerai politiquement mais pas pour l’instant. J’y pense pour la suite parce que ce serait porter la voix du quartier, faire bouger les choses. »

Pensez-vous qu’être une femme change la donne quand on s’engage sur un territoire ? Votre parole est-elle plus difficile à faire entendre ?

« Homme et femme pour moi c’est pareil. Ce que l’homme peut faire, la femme peut le faire, et mieux encore ! Quand je veux dire quelque chose, je le dis, et même si on ne m’écoute pas, je le dirai quand même. J’ai peut-être cette force-là. Souvent, quand tu es dans ce genre de quartiers, il y a cette sorte de complexe d’infériorité qu’on t’impose. On te l’impose de sorte que tu vivras dedans. Ce sera comme une bulle et tu auras peur d’en sortir. Il faut qu’on aide les femmes à se faire entendre un peu plus, leur donner l’opportunité de parler, de développer, de montrer et dire ce qu’elles ont en elles. Il y a des femmes ici qui ont tellement de bonnes idées. Rien que ces bonnes idées pourraient faire avancer les choses. »

Avez-vous un rêve pour votre quartier et ses habitant-e-s ?

« Que ce quartier soit le plus beau du monde ! Qu’on ait plus de personnes actives professionnellement, que nos jeunes aient plus de réussite à l’école, intègrent les plus grandes écoles du pays, qu’ils aient plus de chances. Et pourquoi pas, que le prochain ou la prochaine présidente de la République vienne des Sablons ! »

Propos recueillis par Claire Gadebois