[Journée] La participation au service des PRU dans les nouveaux contrats de ville

4 juin 2015 – Rennes

Cette rencontre qui a réuni 70 participants, visait à apporter des éléments de clarification et de débat concernant la participation des habitants aux côtés des différents acteurs dans des démarches de gestion urbaine de proximité, des projets de renouvellement urbain et plus largement dans des projets d’aménagement.

La participation des habitants, quels choix, pour quelles ambitions, pour quels espaces ?

Dans son exposé introductif, Barbara ALLEN, chercheure consultante, a insisté sur la nécessité de sortir d’une incantation à la participation et d’analyser les conditions dans lesquelles elle était souhaitable, réaliste, possible. Elle a proposé un triple déplacement.

  • Ne plus dissocier la participation des « objets » sur lesquels elle porte. Par exemple, en matière d’aménagement,  les ambitions de la participation et ses modalités ne peuvent se déployer de la même manière si elle porte sur l’ensemble d’un projet de renouvellement urbain, des espaces publics structurants, des espaces collectifs de proximité, des espaces résidentiels ou sur la gestion urbaine.
  • Ne plus considérer la participation « comme une pratique en soi » et tenir compte du « contexte dans lequel elle s’inscrit pour en fixer les ambitions et les conditions. La participation des habitants se déploie toujours et nécessairement dans un contexte politique, institutionnel et organisationnel dont elle ne peut être dissociée.
  • Prendre en compte la question de la finalité de la participation. Elle a ainsi proposé de référer la participation aux conceptions à l’œuvre quant à sa contribution à la pertinence des projets  (Source unique, source indispensable, source nécessaire et source possible de pertinence).Elle a ensuite rapidement présenté la typologie élaborée et les critères qui permettaient de la décliner

Ateliers : renouvellement urbain et espaces publics

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Des professionnels ont présenté un projet réalisé dans lequel la participation des habitants a été mobilisée ; puis un projet à venir explicitant comment la participation des habitants est envisagée. Quels enseignements de la phase précédente ? Comment progresser en tenant compte de l’expérience passée et du cadre d’analyse proposé ?

ANGERS – quartier Monplaisir

Avec Marie GAUDICHAU, chef de projet renouvellement urbain sur le quartier Monplaisir ; Audrey LAINÉ, responsable du pôle territorial sur le quartier Monplaisir

Sur le quartier de Monplaisir à Angers une première concertation qui a mobilisé des habitants, a eu lieu en 2012 quand il était envisagé de proposer le quartier en renouvellement urbain. Aujourd’hui le quartier est inscrit dans le cadre du NPNRU, 3 ans après, il s’agit donc de redémarrer la concertation…

Les principaux chantiers prévoient le réaménagement de la Place de l’Europe (création d’un centre commercial et ligne de tramway), la réhabilitation et la construction de logements, l’aménagement des espaces publics, la construction d’une nouvelle école dans le quartier, le renforcement de l’accès internet haut débit.

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QUIMPER – quartier de Kermoysan

Avec André PLOUZENNEC, chef de projet politique de la ville

Le quartier de Kermoysan à Quimper vit une transformation urbaine importante depuis près de 10 années et ce dans le cadre du projet de rénovation urbaine. Le projet a pour principal objectif de transformer l’image du quartier, que ce soit  à travers la requalification urbaine forte du cœur de quartier ou le renouvellement  en profondeur de sa population (passage de 6000 habitants en 1970 à 4000 en 2015). Il s’est traduit en définitive par une vaste opération de dédensification  des logements sociaux, passant de 1930 logements sociaux en 1988 à 990 à échéance 2024 : 540 ventes de logements sociaux (dont 400 vendus fin 2014) ; 600 démolitions (360 Anru 1 et 240 Anru 2) ; 200 reconstructions de logements sociaux sur site (65 Anru 1 et 135 Anru 2) ; 50 constructions de logements privés.

Afin de garder la mémoire de ces grandes mutations, la ville de Quimper et la SAFI, aménageur du cœur de quartier, ont engagé depuis deux ans un travail de constitution d’un Web documentaire (réalisé par Anne JOCHUM, réalisatrice). Ce travail de terrain et d’immersion permet de retracer, sur ce nouveau format d’écriture, cette importante transformation dans toutes ses composantes, urbanistiques et sociales notamment.

RENNES – quartier de Maurepas

Avec Bertrand GAUDIN, directeur de quartier Maurepas

Le musée éphémère Balleroy, lieu de mémoire et d’expression temporaire, a été installé dans l’immeuble Balleroy à Maurepas, dans le cadre du projet urbain du quartier du Gast, démarré fin 2011 : création d’une station de métro, restructuration du centre commercial, programme de démolition / reconstruction de logements.
L’immeuble Balleroy et ses 116 logements étant le premier à disparaître au profit d’une station de métro, l’idée est née de le transformer en musée éphémère et de l’ouvrir au public avant sa démolition, du 17 septembre au 13 novembre 2011.

Des objets récupérés, témoins de la mémoire du quartier, y ont été rassemblés, transformés et mis en scène par les habitants, appelés à participer à cette aventure. Des habitants volontaires ont ainsi investi les lieux, accompagnés par des artistes dans la « mise en art » de leurs projets, peinture, graphisme, calligraphie, couture, menuiserie, vidéo, photo…

Ce projet a constitué une étape parmi d’autres, plus classiques (réunions d’information…), visant à ce que les habitants et acteurs du quartier s’approprient individuellement et collectivement le projet urbain. La forte dimension artistique de cette action a constitué un vecteur original pour attiser la curiosité du public sur un projet urbain sommes toutes assez technique. Par ailleurs, cette action a été également pensée comme un moyen de symboliquement travailler sur la dimension temporelle de ces grands projets, où le quartier s’inscrit dans une histoire, avec un passé et un futur.

L’association L’Étincelle, spécialisée dans la réalisation d’événements culturels, a porté ce projet, financé par la Caisse des Dépôts et Consignations, le contrat urbain de cohésion sociale, la Fondation Abbé Pierre, la ville de Rennes et Espacil Habitat.

Gestion urbaine, espaces résidentiels : quelle participation ? Quels enseignements ?

BREST :
Avec Catherine PELLEN, responsable Mairie de quartier Europe, Brest Métropole / Ville de Brest ; Catherine ABIVEN, chef d’agence adjointe de Brest Elorn à Brest Métropole Habitat

SAINT-NAZAIRE :
Avec Wilfried GRUBER, responsable du service Projets à Silène Habitat ; Bénédicte FONTAINE, responsable de secteur à Silène Habitat

Eléments de synthèse par Barbara ALLEN

Barbara Allen a présenté quelques dimensions apparues lors de la journée dont la récurrence a été très forte :

L’importance du rôle et des conceptions des responsables politiques
Ils jouent un rôle fondamental et structurant dans l’ambition, la nature et le devenir des processus participatifs mis en place. Ce rôle ne concerne d’ailleurs pas que la participation des habitants et des usagers mais porte bien également et de manière concomitante  sur   la manière d’aborder la question des compétences des organisations et des acteurs à mobiliser dans le cadre de l’élaboration d’un projet (organisation et modalités de travail) ;

L’importance de questions simples et pourtant fondamentales a également été soulignée :
qu’est-ce que l’on veut faire, au service de quelle finalité ? qu’est-ce que l’on peut faire ?

La question de la temporalité

La temporalité sous le versant de la continuité des orientations politiques en matière de conception et de conduite de projet qui varie considérablement d’un endroit à l’autre. C’est à dire qu’à la variété des postures des responsables politiques omniprésente  dans les projets présentés, il faut ajouter la plus ou moins grande continuité dans l’action conduite. Ainsi dans certaines villes,  la continuité des orientations, leur construction et maturation progressive dans le temps, l’utilisation de l’évaluation comme outil de gestion de la conduite du changement ont permis l’émergence et la consolidation d’une culture collective aussi bien concernant la place et le rôle des habitants  que les pratiques de coopération des organisations en présence ; A l’opposé dans d’autres, la succession et la  variabilité des orientations politiques sur ces sujets vont constituer un frein certain à l’émergence d’une culture locale et partagée ;

La temporalité du point de vue de la nature même des projets conduits.  Il est certes apparu important de croiser les types de projets d’aménagement (quels espaces) dans lesquels la participation va être mobilisée avec des postures politiques et des cultures organisationnelles et professionnelles comme l’exposé du matin y engageait. Toutefois, la question des types de projet d’aménagement a révélé une question sous-jacente fondamentale.  La participation des habitants ne se pose pas dans les mêmes termes si elle se déploie de manière ponctuelle (un projet donné dans le temps : investissement dans un temps limité sur un projet spécifique) ou si elle se déploie de manière continue dans le temps sur des questions et « des enjeux »  de la vie quotidienne qui concernent les espaces de proximité (correspondants d’immeubles, conseil de résidents, gestion urbaine). Une distinction serait donc utile à creuser entre participation, démocratie de projet et participation, démocratie  de proximité ou vie quotidienne ou fonctionnement.

La question de l’articulation et de la composition

A la question de la nécessaire prise en compte de la composition et de l’articulation des espaces publics proposée dans la typologie, s’est donc rajoutée celle de l’articulation et de la composition de l’ensemble des espaces (résidentiels, collectifs de proximité) et donc nécessairement, celle de la manière dont on réfléchit et on articule des modes d’implication et de participation des habitants et des usagers différenciés. Les exemples de Saint-Nazaire et Brest ont été à cet égard très instructifs.

Pour aller plus loin

www.galeriekermoysan.fr / Web documentaire réalisé par Anne JOCHUM

Aménagement des espaces publics : la contribution de la participation des habitants à la pertinence des projets
Barbara Allen & Michel Bonetti (Le Sens Urbain), Eric Ruiz (CRATerre – AE&CC), avril 2015

Visite virtuelle du Musée Ephémère